Compte Rendu : Café débat "Mobilités"

Café débat « Mobilités », avec Frédéric HARAN, économiste et urbaniste - Pour une ville sereine et apaisée - Vendredi 15 mars 2019

Frédéric Haran, auteur du « retour de la bicyclette, une histoire des déplacements urbains en Europe de 1817 à 2050 » (éditions La Découverte Poche - 10€)

C’est autour de la question des mobilités à Montpellier et dans la métropole, qu’il s’est agi d’échanger, à partir des travaux de la commission de Destins Montpelliérains, avec Frédéric Haran, enseignant chercheur à l’Université de Lille.

Quelques constats à Montpellier :

  • un réseau de tram important mais inachevé avec une cinquième ligne qui a pris près de 10 ans de retard et dont le tracé, revu par les autorités, à perdu une bonne partie de sa vitesse en sinuant dans la ville
  • un réseau de bus urbains qui s’arrête à 20h30 et donc pénalise les habitants qui souhaitent se déplacer dans la ville en soirée, tout comme il pénalise les habitants des communes de la métropoles obligés de prendre leur voiture en soirée.
  • un réseau routier saturé, en particulier les entrées de villes en début et en fin de journée, des parking relais insuffisant, pas ou peu de co-voiturage, des emprises SNCF laissées en friche.
  • le vélo dans la ville : un réveil tardif de la collectivité suite à une mobilisation fortes des acteurs lassés de l’inaction municipale… mais toujours pas de « système global » autour du vélo … et rien dans le budget 2019 pour mettre en place les bonnes intentions avancées, alors même que des actions simples peuvent progresser.

Bref, la multi modalité ce n’est pas encore pour maintenant.

Sans parler de la gare TGV au milieu d’une zone encore en devenir et dont les accès, bien que pensés, n’ont pas été réalisés pour être disponibles pour les quelques passagers qui s’arrêtent aujourd’hui à « La Mogère ».

Et d’un aéroport, ouverture vers le monde, mais qui n’est pas relié à un système efficace de transport en commun pour rejoindre la ville.

On est loin d’un projet de mobilités à l’échelle de la ville qui vise à « décarbonner », à privilégier les modes doux et à favoriser les connexions vers l’extérieur.

Face à ces constats, Frédéric Haran nous rappelle que la voiture favorise la ville étalée, que le tout automobile implique une priorité sur tous les autres modes de déplacement et qu’il entrîne les aménagements de stationnement, de voierie, d’évitement des piétons, sans parler des systèmes de coordination à mettre en place avec les feux tricolores pour fluidifier au mieux les flux.

Cet ensemble de contraintes, de nuisance fait système, avec des effets secondaires :

  • une désaffection pour les modes de déplacements actifs, la marche à pied et le vélo,
  • un regain pour les cycles motorisés
  • un étalement urbain avec des périphéries qui croissent,
  • un impact sur la santé publique, le bruit, moins d’exercice physique, de la pollution
  • un espace public dégradé, moins d’arbres, un impact écologique

Nous sommes dans une impasse, quelles sont les alternatives ?

Il ne faut pas les aborder de manière cloisonnée… avec des plans par mode de déplacement….

Il faut décider d’une hiérarchisation et placer en premier le mode le plus vertueux…. La marche à pied et parier sur l’intermodalité….

Si on se risque à cela :

  • le piéton, puis…
  • le vélo…
  • … viennent ensuite, selon les lieux, la moto, le co-voiturage, le transport en commun…
  • et enfin, et seulement… la voiture individuelle.

Et c’est la combinaison la plus pertinente des modes de déplacement avec la distance et la durée du trajet qui donne un plan mobilité pertinent.

Les villes aujourd’hui ont des pratiques très différentes… Bogota, Bruges, Amsterdam, ….

Et Montpellier ou les petits trajets ,qui se font à pied pour un kilomètre, peuvent se faire à vélo jusqu’à 5 km, voire 10 avec un vélo à assistance électrique (VAE) mais cela suppose un réseau de pistes….

Le PDU (plan de déplacement urbain) de 2012 et le PCAET (plan climat air énergie territorial) de 2014 avaient actés des projets qui devaient être réalisés pour 2018… mais rien n’a avancé.

Si on regarde le projet urbain Montpellier 2040, on y relevait des ambitions pour un espace public de qualité, qui invitait aux mobilités douces ….

Montpellier est une ville jeune… le skateboard, les trottinettes sont également aujourd’hui des modes doux prisées par les jeunes…. Ils doivent s’intégrer dans une politique globale des mobilités.

Les personnes âgées sont également nombreuses dans la ville… le vélo c’est peut-être compliqué pour elles…. Mais il existe des tricycles, également à assistance électrique qui peuvent être utilisés… et on sait, en termes de santé publique, que l’exercice de la marche et du vélo sont d’excellents « médicaments » pour garder la forme…

Mais beaucoup d’actions sont à prévoir autour de l’espace public de stationnement.

Ou mettre sa voiture ? y a-t-il assez de stationnement dans les résidences ou les habitations pour ne pas avoir à occuper un espace public….. que chacun « privatise » en y laissant sa voiture…. Soit gratuitement soit sur des espaces avec un paiement, plein tarif ou à tarif résidentiel…. Comment on régule cette location de fait de l’espace public ?

Moins de voiture le long des trottoirs, c’est plus d’espace pour les modes doux, on range une quinzaine de vélos sur l’espace occupé par une voiture ….

Libérer de l’espace de parking en voierie c’est rendre de l’espace aussi pour la convivialité…

S’en suivent une série d’échanges et de questions avec les participants, témoignant de l’intérêt de la question des mobilités.

L’ambition pour demain posée par Michaël Delafosse en matière de mobilité

Sortir des actions au coup par coup et envisager de manière globale la manière de vivre ensemble et de se déplacer dans la ville et dans la métropole.

Trouver la « bonne » hiérarchie des modes de déplacement dans les différents quartiers et dans le centre-ville… pour arriver à une ville des proximités…. Cela joue autant sur les modes de déplacements que sur la présence des commerces utilisés aux habitants dans leur proximité et dans le centre-ville.

Une ville apaisée, c’est l’ambition pour demain.